Un document fondateur de la frontière fluviale et une pièce maîtresse du silence historique
Le traité le définit :
- Le San Juan appartient au Nicaragua,
- mais le Costa Rica conserve des droits de navigation perpétuels à des fins commerciales,
- et exerce une pleine souveraineté sur la rive droite du fleuve sur une grande partie de son cours.
Si, en apparence, cet accord résolvait un différend historique, il ouvrait en réalité une longue série d’interprétations, de tensions et d’arbitrages qui allaient se poursuivre pendant plus d’un siècle. Son application n’a jamais été simple, car chaque article reflète le poids des intérêts géopolitiques du XIXe siècle, lorsque le transit interocéanique était l’un des points les plus stratégiques de l’hémisphère.
Pertinence au sein de la trilogie Waters of Oblivion
Dans le cadre de la trilogie, le traité Cañas-Jerez occupe une place centrale car il a été signé un an seulement après la campagne de transit (1856-1857), mais sans mentionner ni utiliser à aucun moment le précédent militaire le plus puissant que le Costa Rica ait eu à négocier : la capture des bateaux à vapeur, le contrôle logistique du fleuve et la victoire fluviale du commandant Máximo Blanco.
Cette omission constitue l’un des axes thématiques de l’ouvrage :
1. Le traité consacre une frontière, mais ignore la victoire militaire qui l’a rendue possible.
Le poids stratégique de la campagne de transit a été décisif pour obtenir une marge de négociation favorable. Malgré cela, son absence dans le texte révèle une décision politique d’effacer ce chapitre afin d’ajuster le récit historique à des intérêts internes.
2. Le silence documentaire du traité devient un précédent.
Des années plus tard, des arguments juridiques dérivés de Cañas-Jerez ont été utilisés dans des litiges internationaux (comme la sentence de Cleveland de 1888 et plus tard à La Haye). Mais comme la campagne de transit n’a pas été incorporée dans le corpus original de documents, le Costa Rica est entré dans les XXe et XXIe siècles avec un vide stratégique dans sa propre mémoire juridique.
3. Ce vide historique a favorisé une lecture incomplète des droits souverains.
La trilogie affirme que la négligence de la contribution du Costa Rica au San Juan a créé un “espace mort” dans l’interprétation des traités, affectant le récit national et affaiblissant indirectement la position du Costa Rica dans les litiges ultérieurs liés à la navigation, à la souveraineté et aux limites territoriales.
Le traité Cañas-Jerez n’est donc pas seulement un document juridique :
est la première pierre du long silence que les livres